ECRITURE
PREFACE
écrit le : 28.04.2011

MONOPOLY

CHRONIQUE D'UNE VIE DÉSAXÉE






Le MONOPOLY est un jeu de société, tout comme la vie.
On jette les dés, en avançant un pion sur le parcours.
Le pion c’est moi et le parcours c’est la vie.
J’ai simplement changé le nom des rues, avenues et boulevards par le prénom des gens que j’ai aimés.
 

 Mais l'on repasse toujours par la case départ...


RÈGLES DU JEU



Les hommes ont depuis toujours été un curseur de mon propre bonheur.
Je n'ai rien construit sans eux, je n'ai vécu que pour eux et à travers eux.
Je les ai tous aimés, sans exception et ils m'ont tous apporté quelque chose, y compris les plus éphémères.

Je leurs dois tout.

Je leurs doit d'être la femme que je suis aujourd'hui.
La femme de 38 ans, si fragile et tellement forte à la fois.
La femme bourrée de défaut que j'essaie de corriger avec les années.

Je suis un assemblage du hasard avec un joli sourire, curieusement attirant paraît-il…Une silhouette contrastée depuis peu avec un bonnet D généreusement offert par mon ex…

Quelque chose en moi ne tourne pas rond. Je le sais bien.
Une faille, une blessure, un gouffre qui me menacent à chaque fois de m'emmener vers le bas, mais ma résilience reprend toujours le dessus.

Heureuse, je ne le suis presque plus jamais, alors je me suis abonnée aux tête à tête thérapeutique, à ces rendez-vous d’intimité qui pour certains se terminent sur un divan, avec une boite de kleenex jamais très loin. Pour ma part le dernier en date s’est conclu dans mon lit avec comme spectateur ma peluche géante outrée par cette liaison avec ce psychiatre renommé !

Je suis maladroite et inconsistante, pas capable de me comprendre et incapable de comprendre les autres.
Je ne sais pas me confier, ni faire confiance.
La vie me fuit et je fuis la vie.

Seul le bonheur d'un nouvel amour me permet de combler ce vide, l'amoureuse de l'état amoureux, une pathologie destructrice, une addiction mortelle que j'analyse parfaitement depuis que j’ai été aux AA (amoureuses anonymes)...

Je n'ai jamais réussi à aimer comme il l'aurait fallu. Incapable d'accomplir tous les gestes de l'amour, placés en évidence pour tous mais qui, à moi seule, inexplicablement échappe.
Quelque chose résiste obstinément à cette facilité heureuse que j'envie aux autres, comme si je revivais toujours la même partie de l’histoire que je n’arrive pas à dépasser.

L’amour est transgressif par essence, il est incontrôlable, il ne respecte aucun code, aucune obligation, il est au delà des limites, au dessus de tout dans la vie.

Si j’en crois Coelho, alors c’est que peut-être je manque d’ambition car pour lui l'amour n'est pas seulement un sentiment ; c'est un art. Et comme tout les arts, l'inspiration ne lui suffit pas, il faut aussi beaucoup de travail. 

 

Je pourrais faire semblant, semblant d'être une autre, jouer la comédie, me travestir.

J’ai essayé parfois…

J’ai essayé d’être une autre, j’ai mis du vernis clinquant, je me suis teinte en blonde, en rousse, en brune, j’ai mis des costumes d’homme, des robes de princesse, des tenues camouflages, j’ai parlé en verlan, en anglais, en bourgeoise, j’ai été dans des hôtels où l’on vous appelle Madame, j’ai chialé en garde à vue, j’ai créer des faux profiles sur des sites libertins pour traquer mon amoureux, j’ai copié sur mon voisin pendant l’examen du code de la route, j’ai fait l’épilation définitive du maillot, j’ai fumé des vogues, j’ai mangé des graines, j’ai vu des mediums, des astrologues, des marabouts, j’ai essayé de rentrer dans du 16 ans, j’ai couché le premier soir, j’ai pleuré pour rien, j’ai fait semblant de comprendre, j’ai mis du rouge à lèvre, du violet sur les paupières…

J’ai essayé.. En vain !

 


Ce livre c'est une aventure à travers les années, les voyages et les hommes.

Une moitié de vie riche d'enseignements...
Un tiers de vie si je suis très optimiste...

J'écris comme je parle, je dis tout ce que je pense guidée à chaque fois par l'instinct.
Le même instinct que les animaux sauvages, impossible à apprivoiser.
On me prend comme je suis, ce n'est pas une remarque présomptueuse, juste une manière de fonctionner, une manière d'être.


Je n'ai jamais été scolaire, ça se ressent certainement par mon manque de vocabulaire.
Mes livres de philo sont restés en haut de l'étagère et j'ai toujours été nulle en rédaction.
Je n'ai pas eu mon bac, beaucoup trop compliqué...

Je suis étrangère au système, inaccessibles aux lois et aux règlements, incapable de m’intégrer à l’autorité, sous toutes ses formes.

Je refuse les cadres, suis anti tout.
Je manque de tolérance, mon gage de solitude.

J’adore contredire par des opinions absurdes et sans fondement. Je défends les artistes que tout le monde déteste, et j’insulte ceux que tout le monde aime.

Les gens comme moi, on les adore ou on les déteste, mais aucune demi-mesure n’est possible, on ne peut pas juste les apprécier.

Je me suis habituée à laisser les autres se charger du côté pragmatique du quotidien, je préfère mon génie des digressions, un peu comme si je vivais à l’écart de tout, de partout, tout le temps en âme de bohémienne.

J’aime ces instants de rien, ces bouffées d’oxygène comme une bouteille de rosé qui nous enivre un soir d'été, les prémices d’un début d’histoire d’amour, une serviette chauffée par le soleil brûlant, la beauté de l'envol d'un oiseau, fumer une clope en se disant que c’est la dernière, écouter une vieille Play List en mode aléatoire, manger une esquimau au bord de la mer, mettre du sucre sur une banane coupée en rondelle, regarder l’horizon depuis le pont d’un bateau....

Ces moments de vie, on voudrait qu’ils ne s’arrêtent jamais, stopper le temps, suspendre cette inéluctable plénitude qui s’évanouit peu à peu.


Mon refuge, mes passions se trouvent dans la musique, la photographie et l’écriture.


Avec la musique on replonge dans les moments passés, on arrive même à se souvenir d'infimes détails que seule une note ou un accord peut nous rappeler.
Elle a ce don de pouvoir transformer nos humeurs en un quart de seconde, de booster une nonchalance ou de nous glisser dans une terrible nostalgie.

Avec la photographie, j’immortalise ces instants qui ne se réfléchissent pas, ces regards, ces rires, ces chagrins, ces touts petits rien. C’est une étrange complicité avec le hasard finalement, l’instinct suffit.


L'écriture, c'est pareil. En tapant sur un clavier, les souvenirs remontent au fur et à mesure que les mots s'enchaînent, les phrases se suivent, rythmées par la ponctuation.

Mais il y a aussi des embûches, les jours où plus rien ne vient, on ne se rappelle plus de notre histoire, à moins qu’on ne souhaite pas s'en souvenir.

Ces moments sont terribles, on se relit et on trouve tout nul.
On voudrait tout effacer, effacer ces heures passées devant cet écran, effacer sa propre histoire.
Déchirer ce livre qui est encore dans le ventre de sa mère, faire un « pomme Z » et recommencer à zéro.

Alors il faut accepter, tout comme ses erreurs, les accepter et laisser le temps au temps.

On ne raconte pas sa vie en quelques centaines de pages.
On se repasse d'abord le film un milliard de fois afin d'en garder le plus profond et le plus sincère.
Celui qu'on retranscrira sur le papier.

Et puis le jour d'après, la semaine d'après, le mois d'après, l'année d'après les mots reviennent avec leurs couleurs, leurs odeurs, leurs prénoms et même les numéros des rues.
Les pages peuvent à nouveau se tourner, tout doucement laissant une vie de souvenir sur le papier.

Cette expérience est une formidable gymnastique de l'esprit.
A travers ma propre histoire, je me fabrique une nouvelle aventure, de nouveaux souvenirs.

J’écris ce livre de manière quasi obsessionnelle, je ne réponds plus au téléphone. Ma messagerie est pleine, je suis coupée du monde.
Mon livre a remplacé les hommes, plus rien ne compte à part lui, lui qui n’a pas encore de nom.
Je sacrifie tout mon temps, mes journées, mes nuits.
Je m'alimente de fromage blanc périmé et de coca sans gaz, je n’ai plus le temps de faire les courses.
Mes amis se posent certainement beaucoup de questions, qu’importe!
Personne n’est au courant de cet « enfant » que je porte dans mon ventre, cet enfant que je nourris jour après jour, secrètement.
Plus tard, bien plus tard, peut-être qu’ils comprendront.

Je dois bien admettre qu’au commencement j’ai rêvé, imaginé, fantasmé qu’un jour ce livre se trouverait en haut d’une gondole, à la Fnac ou chez Virgin.
Des interviews dans les magazines féminins, l’invitée du Grand Journal jusqu’au fantasme d’une fabuleuse adaptation cinématographique.
Pour mon rôle, j’hésitais encore entre Marion Cotillard et Vahina Giocante!

Le rêve du succès, après tout, quoi de plus extraordinaire que l’ivresse de la reconnaissance ?


J'ai aménagé chez mon frère, dans sa cuisine, une table sur laquelle je m’abandonne à terminer ce livre. C'est un bordel sans nom.
Mon paquet de clope posé à côté du cendrier que je ne vide jamais.
Une bougie rose, énorme, que je n'allume pas.
Une imprimante qui ne marche pas ,des trombones, une casquette noire, une calculatrice, un Polaroïd rouge, des radios de ma jambe, ma facture orange, des courriers d’huissiers qui me font des clins d’œil, un trousseau de clefs, des Ray Ban rayées, une gomme dinosaure, une lampe en métal sans ampoule, des lunettes de vue que je ne porte pas, des stylos, des cartes de visite…
Et puis face à moi, ce tableau représentant New York avec Steve Mac Queen en fond. J'ai acheté cette toile avec l'argent que m'a laissé mon père à son décès.
Sur le mur de gauche, des photos éparpillées de ma nièce, Emma. Toujours souriante et espiègle, avec sa longue crinière blonde, et ses petites lunettes vissées sur le nez.

Un piano en bois désaccordé trône au milieu du salon enfumé, des piles de livres, de DVD, et de papiers à trier s’entassent.

Les boules et les guirlandes de Noel sont accrochées aux portes et aux radiateurs de l’appartement, c’est normal au mois de Juin !
Derrière, près de la fenêtre, le fantôme de mon fauteuil roulant, synonyme de fracas, d'une vie qui a basculé, tout à coup...
Il prend toute la place, trop de place, je le déteste, le maudis, comme ce chauffeur qui a anéanti une partie de mon existence.

Il y a six déjà…


 

« A l'instant où j'écris, je bois du café lyophilisé acheté 50 centimes dans la machine au niveau 0, juste à côté de l’ascenseur.

J’ai fait la queue derrière deux personnes valides qui ont fait mine de ne pas me voir.

Il fait froid, c’est l’automne, je déteste l’automne, je ne peux pas marcher et je ne sais pas quand je pourrai remarcher.

Assise sur mon fauteuil roulant dans la cour de ce bâtiment lugubre je fume une cigarette en pensant à toi Maman, en pensant à toi Papa. Les larmes coulent aussi tristement que les feuilles mortes tombent des arbres.

A cette saison les enfants fabriquent des bonhommes avec des marrons et des allumettes, les amoureux se réchauffent avec un chocolat chaud dans des cafés, les anciens se préparent à aller fleurir la tombe de leurs chers disparus, les petites robes fleuries ont laissés place à de longs manteaux sombres dans les vitrines des magasins. »

 

Ce sont les premières phrases de ce livre que j’ai commencé à écrire à 32 ans depuis un lit d’hôpital. Un exutoire, une thérapie face à la douleur et au chagrin, aux deuils et à l'handicap.


 

Enfermée dans mon désespoir, la claustrophobie de mon état aurait pu me rendre folle.
Ce rendez vous imprévu de la vie, cet instant où je me suis retrouvée devant mon miroir, cette injustice qui m'a fait passer par tous les stades, toutes les émotions, toutes les angoisses, toutes les peurs....
L'intégralité de mes souffrances a jailli d'un seul coup, comme un volcan qui a tout détruit sur son passage.

 

 


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